Скачать книгу

deux gardiens comprirent, plutôt qu'ils ne le virent, que la cavité de la bière béait devant eux.

      La lumière, dans les mains de Logarec, dansait de façon désordonnée et à cette lueur incertaine et mouvante, ils distinguaient dans la boîte funèbre une vague forme humaine, toute droite, et qui bougeait.

      Un bras noir se dressa soudain et, aussitôt, une silhouette démesurée se profila sur la muraille.

      Alors, ils n'y tinrent plus... Le Breton laissa choir sa lanterne et tous deux prirent la fuite avec le sentiment très net que le Ramsès au grand bras tendu les poursuivait.

      Dans sa chute, la lumière s'était éteinte... En revanche, la clarté de la lune entrait maintenant à flots par les fenêtres et étendait, de distance en distance, de grands rectangles blancs régulièrement coupés de croisillons noirs.

      Et tandis que se multipliaient, se heurtaient, au profond des ténèbres, les échos soulevés par les pas précipités des fugitifs, dans le pâle rayon lunaire, un homme avançait sans bruit...

       Table des matières

      L'ALERTE

      Logarec et Bartissol traversèrent en courant la salle où grimacent dans les vitrines les innombrables divinités égyptiennes, la salle des Colonnes, la salle des Bijoux Anciens... Ils franchirent la Rotonde d'Apollon et se jetèrent comme des fous dans l'escalier que domine la Victoire de Samothrace.

      Là, Logarec osa se retourner.

      Rien!...

      Rien que les immenses ailes éployées de la colossale déesse décapitée.

      Bartissol se devait de paraître audacieux jusqu'au bout.

      —Il faut prévenir le chef, dit-il résolument.

      —Vas-y... toi... fit Logarec...

      —Non... suis-moi... il nous croira mieux si nous sommes deux.

      Logarec se rendit d'autant plus volontiers à cette excellente raison que ce vaste escalier sonore et vide le glaçait d'épouvante.

      Ils montèrent.

      Quelques minutes après, trois hommes arrivaient devant la Victoire de Samothrace, puis grimpaient les marches qui précèdent la Rotonde d'Apollon.

      —C'est là, chef, indiqua Logarec en tendant une main qui tremblait dans la direction des salles obscures.

      Ils allaient poser le pied sur le seuil de la première galerie, lorsqu'un autre veilleur, affolé, fit soudain irruption en bousculant le gardien-chef qui fut projeté contre le mur.

      —Quoi?... qu'est-ce qu'il y a encore? s'écria une grosse voix enrouée.

      Logarec et Bartissol se tenaient prudemment l'un derrière l'autre.

      L'homme, bouche bée, regardait son chef sans parvenir à articuler un mot.

      —Expliquez-vous à la fin, ordonna le supérieur... Vous avez vu quelqu'un?...

      —Eux... chef, bredouilla le veilleur... en désignant Logarec et Bartissol... Je les ai aperçus... ils couraient... et puis, derrière eux, un moment après... quelque chose est apparu... on aurait dit un homme, mais je ne suis pas bien sûr... cela ne faisait pas de bruit... on aurait juré...

      —Où étiez-vous?

      —Là, dans la salle des Bijoux Anciens...

      —Et ce... que vous avez vu, venait d'où?

      —De là-bas, répondit le veilleur, en montrant l'enfilade des salles...

      —Mais, il fallait appeler, couper la retraite à cet homme, si homme il y a... où est-il allé?

      Le fonctionnaire eut un geste vague...

      —Je crois qu'il est descendu, dit-il.

      —Alors, les veilleurs d'en bas l'auront vu sortir..., qu'on aille les chercher... ou plutôt non... je vais les faire monter.

      Et il appela:

      —Heurtebize!... Papillon!...

      Deux gardiens somnolents montèrent pesamment l'escalier. Ils n'avaient rien vu et considéraient, ahuris, un peu narquois, ce groupe de quatre hommes dont trois étaient livides.

      —Alors, par ici, s'écria le chef en se frappant le front...

      Il fit quelques pas et, s'arrêtant devant la porte d'Apollon, il dit à Bartissol:

      —Allez me chercher Caraton.

      Celui-ci arriva bientôt. C'était le préposé à la garde des Diamants de la Couronne.

      —Vous savez bien quelque chose? lui demanda le chef.

      —Je sais qu'il y a alerte, mais j'ignore de quoi il s'agit.

      —Alors vous n'avez rien vu?

      —Rien, chef.

      —Mais enfin, s'écria le gradé, cet homme n'a pourtant pas pu s'envoler?...

      —C'est que ce n'était pas un homme, murmura Logarec... du moins, un homme vivant...

      —Qu'est-ce que vous me chantez là? espèce de serin.

      —Demandez à Bartissol, chef.

      —C'est sorti d'un sarcophage, affirma le Méridional.

      —Ah! pour le coup, c'est trop fort...

      —Oui... le sarcophage s'est ouvert, ça... je l'ai vu... je ne rêvais pas...

      Le chef haussa les épaules, puis il dit brusquement:

      —C'est bien... allons voir... suivez-moi tous et attention, hein? que l'on referme les portes, après que nous serons passés.

      Logarec, Bartissol, leur camarade de la salle des Bijoux Anciens, les deux gardiens du grand escalier et celui de la galerie d'Apollon, emboîtèrent le pas à leur supérieur.

      On arriva dans la salle où avait eu lieu la scène fantastique, cause de tout ce branle-bas.

      Les deux gardiens, témoins de l'étrange aventure, poussèrent une exclamation en désignant le sarcophage placé à gauche de la porte vitrée... Le couvercle s'était refermé et la figure noire du Ramsès fixait sur la petite troupe son immuable sourire énigmatique.

      —Il était ouvert, pourtant, haleta Logarec...

      —Quoi? fit le chef?... ce sarcophage?

      —Oui, chef, il s'est ouvert devant nous.

      Le supérieur incrédule fit pivoter le couvercle...

      —Vous voyez, il n'y a rien, dit-il.

      —C'est que la momie s'en est allée, alors.

      —La momie?... quelle momie? vous savez bien que ce sarcophage-là est toujours vide...

      —Pourtant... la forme que nous avons vue...

      —Moi aussi, j'ai vu quelque chose, intervint le gardien de la salle des Bijoux Anciens.

      —Eh! parbleu oui, fit le chef, vous avez vu passer ces deux poltrons-là...

      —Oui, mais derrière eux...

      —Derrière eux?... vous avez aperçu leur ombre au clair de lune... C'est stupide... toute cette histoire ne tient pas debout... que chacun retourne à son poste et que cela soit fini.

      Les gardiens se dispersèrent; on rouvrit les portes et les veilleurs allèrent reprendre leur faction.

Скачать книгу